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Blog d'information générale sur l'actualité au Burkina Faso

samedi 17 octobre 2009

INTERVIEW DE TAYROLD G

Tayrold Mohamed Issa ZOUNDI dit Tayrold G, Manager en Communication et Marketing Culturel, Journaliste culturel, membre de l’Association de Presse, Planète Culture, Concepteur-Rédacteur et Responsable Evénementiel du Groupe A2CM Africa, et par ailleurs initiateur et Président du Comité Niger Hip Hop Awards.

Planète Culture : Parlez nous des Niger Hip Hop Awards

Tayrold : NIGER HIP HOP AWARDS récompense les artistes hip hop Nigériens qui se sont distinguées au cours de l'année écoulée. La soirée de remise des Trophées aura lieu le samedi 26 décembre 2009 l’Académie des Arts de Niamey. Elle sera diffusée sur les chaines de télévisions locales et internationales. La cerise sur le gâteau c’est le concert géant qui se déroulera au Stade Seyni Kountché le 27 décembre avec les griffes incontournables du rap africain et francophone. De nombreuses grandes figures du rap burkinabé sont sur cette liste prestigieuse d’invités. Le Hip Hop a grandit et a vu un véritable émergement. Le but de ce projet est de partager un certain nombre de valeurs et d’idées sur cette culture, mais aussi sur le travail, le business et les carrières professionnelles. C’est pour célébrer toutes ces personnes animées par la même volonté de s’impliquer dans le Hip Hop, de vivre cette culture au quotidien et de contribuer à son développement. Le Hip Hop a engendré une génération multiculturelle de jeunes adultes ambitieux professionnellement, engagés socialement & impliqués culturellement. Niger Hip Hop Awards, c’est le baromètre de la culture hip hop, créé pour les acteurs du Hip Hop du Niger et destiné aux passionnés, activistes et curieux de la culture Hip Hop au niveau national et international. Niger Hip Hop donne la voix à ceux qui vivent et développent le Hip Hop au Niger, met en avant les initiatives locales, apporte des idées et outils pour aider au développement du Hip Hop.

Planète Culture : Quelles sont les différentes catégories de récompenses ?

Tayrold :Le Comité Niger Hip Hop Awards décernera 12 prix officiels et aussi des prix spéciaux hors compétitions notamment des trophées d’hommage aux hommes de cultures disparus et des trophées d’honneur pour encourager les personnes, les structures, les partenaires institutionnels et commerciaux œuvrant pour la promotion du hip hop africain. L'occasion de célébrer et d’encourager les artistes hip-hop qui ont marqué l'année 2009 qui seront répartis dans 12 catégories, dont « meilleur artiste rap », « meilleur groupe »,«meilleure chanson» mais aussi « meilleure vidéo »,« meilleur arrangeur »…

Planète Culture : Dans quel objectif vous avez initié les Niger Hip Hop Awards?

Tayrold : Le Hip Hop est la principale culture chez les jeunes d’aujourd’hui. Il n’y a pas de magazine, pas de presse qui traite de la culture Hip Hop au niveau national. De plus en plus de jeunes s’investissent dans le Hip Hop que ce soit au niveau artistique, social ou économique. Beaucoup manquent de soutien, ressources & expériences pour parvenir à leurs fins. Niger Hip Hop Awards, pourquoi faire? - Promouvoir la culture Hip Hop - Contribuer au développement de la culture Hip Hop au niveau local - Valoriser les acteurs régionaux de la culture Hip Hop - Fédérer le mouvement Hip Hop local. L'énergie déployée par A2CM Africa pour rendre ce rendez-vous fédérateur et représentatif de la culture hip-hop au Niger entretient donc l'espoir. L'espoir de pousser ce mouvement vers de nouvelles frontières.

lundi 21 septembre 2009

Le conteur, comédien et metteur en scène Mohamed Lamine Konaté

Mohamed Lamine KONATE

Bercé depuis sa tendre enfance par les contes dits par grand-mère et grand-père tous les soirs au coin du feu,
Mohamed Lamine KONATE se passionne rapidement pour cette tradition orale transmise de génération en génération depuis la nuit des temps .

Dans un style tendre et naïf, il mêle à ses contes chants traditionnels ou proverbes et prévoit toujours un moment pour répondre aux questions de ses auditeurs petits ou grands.

Mohamed Lamine Konaté a également un parcours théâtral :

En 1999, il intègre la troupe du plus ancien théâtre de Ouagadougou pour une mission ponctuelle sur un spectacle de sensibilisation .
Il restera finalement 7ans au théâtre de la Fraternité , enchaînant fonctions
d’ assistant à la mises en scène , metteur en scène et responsable artistique ce qui fera de lui un artiste extrêmement polyvalent.
En 2004, il crée la compagnie Théâtre Acclamations et signe un premier spectacle qui sera joué au centre culturel français de Ouagadougou.
Ce comédien-conteur intervient aussi bien dans des soirées ou associations privées, festivals, écoles et diverses manifestations culturelles municipales.

dimanche 20 septembre 2009

ABIDINE Dioari

"Da-sundi" est le titre du nouvel album de ABIDINE, dont la sortie est prévue pour le 6 novembre 2009 à Ouagadougou. Des planches au podium, il n'y a qu'un pas à franchir et ABIDINE l'a franchit allègrement. Pour ce jeune et talentueux metteur en scène, la scène n'a plus aucun secret "Da-sundi" qui signifie en langue gourmantché "Souviens-toi toujours", est chanté en gourmantché et en français. Savant dosage entre instruments traditionnels et modernes, cet album de dix titres est un regard transversal sur la société. Tel un peintre, ABIDINE avec cette voix adoucissante qui tend vers la mélancolie, combine à merveille les joies et peines, espoirs et souffrances dans de somptueux tableaux."Da-sundi" au-delà de sa bonne orchestration, est une interpellation à rester éveiller afin de préserver nos systèmes de valeurs.

Si ABIDINE échappe au théâtre, ce sera au grand bonheur des mélomanes qui pourront consommer, sans retenue aucune, sa musique très digeste. Déjà le 27 janvier 2009, quand il montait sur la scène du plus grand festival de la Belgique c'est-à-dire le Festival de Liège pour un show en acoustique, ceux qui ne le connaissaient que metteur en scène sont sidérés. Mais l'artiste qui a plusieurs cordes à son arc, avait déjà épaté le public du CITO(Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou) en juin 2008 et au CREARC 2008 à Grenoble où il a animé de fort belle manière un atelier de musique africaine. Les spectacles aux Beaux-Arts de Bruxelles le 30 janvier 2009 et au Théâtre Dijon-Bourgon 23 mai 2009 n'ont fait que confirmer ce talent.

L'album dont l'enregistrement a commencé depuis avril 2009 est prêt. Comme un cordon bleu, ABIDINE a pris son temps pour faire mijoter cet opus qui sera à n'en pas douter parmi les albums de références au Burkina Faso.

C'est en 1996 qu'il fait la connaissance de Steven MACKIE, un comédien et metteur en scène américain avec qui il commence une carrière dans le milieu du théâtre professionnel. Il intègrera plus tard le Théâtre de la fraternité du Professeur Jean-Pierre GUINGANE qui l’aidera à développer ses talents d’artiste comédien. Dioari Abidine COULIDIATY a participé à plusieurs créations et a effectué plusieurs tournées nationales et internationales (Burkina, Benin, France, Belgique, Mali, Côte-d’Ivoire). Fort de diverses expériences acquises auprès de metteurs en scène comme Jacques MATTHIESSEN (Danemark), Roger NYDEGGER (Suisse), Jean Pierre GUINGANE (Burkina Faso), Charlie DEGOTTE (Belgique), Renzo ELIZEO (Italie), Eric LARSH (Norvège), Yumemi YUMIKO (Japon) et bien d’autres, il a franchi un nouveau cap depuis 2004 en faisant la mise en scène de pièces d’auteurs. Il est par ailleurs auteur de quatre pièces de théâtre : « Entre le fer et l’enfer » (2002), « Les Fossoyeurs » (2004), « Germes de folie » (2007), « Adieu Paris » (2008).

Pour lui, la plus grande école est celle qui est au seuil de la porte, celle des valeurs traditionnelles et coutumières. Son théâtre puise dans les valeurs de sa culture gourmantché parmi lesquelles la franchise, l’honnêteté envers soi-même, envers les autres et la sincérité de ne pas faire les choses pour le gain.

jeudi 3 septembre 2009

Singuila annoncé à Ouagadougou le 31 octobre 2009

Singuila, la locomotive du R&B français, dont le prochain album intitulé « Ça Fait Mal » est prévu pour sortir le 15 septembre prochain, est annoncé pour un concert de rêve le samedi 31 octobre 2009 à Ouagadougou. Les mélomanes Ouagalais peuvent donc se considérer comme des privilégiés. Cet album qui révèle la maturité de l’artiste, à travers quelques épreuves difficile qu’il a vécu, est considéré comme très abouti par les critiques. En effet ces derniers temps, la vie ne l’a pas épargné. L’année passée, le chanteur est foudroyé par une nouvelle grave. Son père qui l’a abandonné enfant avec sa mère est à l’aube de la mort. Il souhaite voir une dernière fois ce fils qu’il n’a pas vu grandir. Dans « ça fait mal » Singuila raconte cette histoire poignante : la première rencontre avec son père allongé sur son dernier lit. La jeunesse ouagalaise attend de partager des émotion forte avec ce artiste hors pair.

Premier artiste R&B il y’a dix ans sur le tout puissant label Secteur Ä de l’époque il se fait remarquer en participant à de nombreux projets et compilations puis en 2003 sort son premier album «On ne vit qu'une fois ». Des titres comme «Ma conscience», «Aïcha» ou «C'est trop» (200 000 singles vendus) vont marquer les esprits. Le style Singuila plait. Artiste complet sa musique dépasse rapidement les frontières du R&B. «Ghetto Compositeur» sorti en 2006 son deuxième opus est un succès d’estime qu’il défend sur scène durant une longue tournée. Cela va même l’emmener jusqu’en Afrique, où fier de sa double culture il profite rencontrer et travailler avec des prestigieux artistes africains comme Lokua Kanza, Papa Wemba ou Mory Kante. Singuila, toujours actif met également sa plume efficace au service de voix féminines du R&B français. Il écrit notamment le hit «Je veux que tu me mentes » de Lynnsha, «Seul » pour les Déesses et surtout « Il avait des mots » (plus de neuf semaines numéro un de l’airplay) pour la révélation du R&B Sheryfa Luna.

Singuila qui aime dire avec modestie : « J’ai la chance d’avoir un public qui m’attend» peut être sûr de retrouver ce public acquis à sa cause à Ouagadougou

Vision d’Or Burkina 2009 : les finalistes sont connus

Le concours d’orchestres chrétiens initié par VISION D’OR en 2008 en Côte d’Ivoire. En 2009 il se tient simultanément au Bénin, au Togo, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Les éliminatoires ont eu lieu les 29 et 30 août au CENASA et a finale nationale est prévue pour le 12 septembre à la Maison du Peuple.

Les samedi 29 et dimanche 30 août derniers au CENASA se sont tenues les phases éliminatoires des victoires de la musique chrétienne, « Vision d’Or » 2009. Des 7 groupes présents au tirage au sort, finalement 5 ont participé à la compétition. Il est 20 heures ce samedi quand Brice Anoh, présentateur attitré du concours apparaît sur le podium. Après la prière d’ouverture dite par le Pasteur Congo et les différentes interventions, place est faite aux artistes.

Les groupes « Les fleurs de l’Eternel » et « Les Psalmistes » samedi ainsi que « Mission », « Bon Berger » et « Genèse » le dimanche ont chacun sorti des arguments plus solides les uns que les autres pour convaincre le public et les jurés. Les instrumentistes, malgré leur jeune âge, ont démontré leur savoir faire à travers des orchestrations bien maîtrisées. Ils ont donné des spectacles dignes d’orchestres professionnels. Il faut signaler que ce spectacle du samedi prévu pour débuter à 18 heures a été retardé par le manque de professionnalisme des organisateurs d’un autre événement qui ont occupé la salle au-delà de la tranche horaire à eux accordée. Mais cela n’a entravé en rien le moral du chaud public acquis à la cause de ce concours. La soirée du dimanche était électrique parce qu’elle mettait 3 groupes en compétition devant une salle remplie de spectateurs surchauffés.

Les jeunes instrumentistes et chanteurs se sont donnés à fond pour avoir les faveurs du public et des jurés. Le public, durant ces deux soirées éliminatoires, ne s’est pas fait prier pour participer à la fête. On peut même dire qu’il a aimé, vu les acclamations soutenues qui ont fait vibrer la salle tout le temps des prestations. Cela augure d’une belle finale ce 12 septembre 2009 à la Maison du Peuple en présence des initiateurs venus d’Abidjan et de certains chantres de rang mondial, sous le Haut patronage de Son Excellence Tertus Zongo, Premier ministre de la République.

Le jeune chantre Philippe Dianda et Dj Alexis, le Dj chrétien ont eux aussi participé à la beauté de la soirée en animant la salle pendant que le jury se retirait pour délibérer. Il faut rappeler que le premier de la compétition organisée au Burkina par Radio Jam Ouaga à travers on promoteur le Révérend MC Claver Yaméogo se rendra à Abidjan au mois de décembre de cette année même où il se mesurera aux premiers du Bénin du Togo et de la Côte d’Ivoire.

Liste des qualifiés

Samedi :

1er Les fleurs de l’Eternel 14,90 pts
2ème Les Psalmistes 13,71


Dimanche :

1er Genèse 13,15
2ème Bons Bergers 12

mercredi 20 mai 2009

Festival Rock à Ouaga 2009 : de l'électricité en perspective

L'association « Rock à Ouaga » a animé ce jeudi 14 mai une conférence de presse au jardin de la musique Reemdoogo. A l'ordre du jour la troisième édition de ce festival qui fait la part belle aux musiques rock, blues et rythm'blues.

Du 22 au 23 mai 2009 la scène du Reemdoogo accueillera huit formations artistiques qui viendront adapter leur répertoire au style rock dans le cadre de la troisième édition de « Rock à Ouaga ». De la Djongo musique de Bil Aka Kora au reggae root de Lennox Lindsay en passant par le « Dagbeat » de Eugène Kounker, ce sera l'occasion de démontrer le caractère non intangible des frontières entre les musiques. Aussi à l'affiche de cette édition des noms moins connus mais certainement pas moins talentueux. Ce sont entre autre Kontomé de Bobo-Dioulasso ou Mouma Bob du Niger. De jeunes formations à l'instar de « Ilo », groupe de musiciens du lycée Saint-Exupéry et « Biga B Volution », auront par ailleurs l'occasion de s'illustrer. A noter que le groupe Biga B Volution a été créée par le festival l'année dernière. Belle preuve de la volonté des organisateurs qui montre que leur action va au delà d'une rencontre annuelle de deux jours.

La soirée rock initiée par le groupe Largués sous latérites en 2007, après l'engouement suscité au sein du public ouagalais, a grandi pour atteindre aujourd'hui l'envergure d'un festival. Après l'édition 2008 qui a vu s'accroître le nombre des festivaliers, les organisateurs ont rebeloté pour une troisième édition. « Le rock c'est l'énergie », dixit Hubert Muszynski président de l'association « Rock à Ouaga ».

L'innovation de "Rock à ouaga" 2009 est sans conteste le village du festival autour du concept des apéros rock. Pour l'occasion, l'espace bar du jardin de la musique sera investi par des plasticiens qui feront des performances live. A travers ces apéros rock le staff organisationnel ambitionne de créer un cadre convivial où se côtoieront exposition photo, projections vidéo, cuisine exotique et sonorités rock.

Waga woman on the floor 2009: Le Zinda triomphe

« Waga woman on the floor » est une compétition de danse hip hop qui met face à face des filles des lycées et collèges de la ville Ouagadougou. Après deux mois de résidence, la première édition du concours a connu son dénouement le samedi 16 mai 2009 dans la salle du Grand Méliès du Centre Culturel Français.

Ce samedi 16 2009 c’est un public essentiellement scolaire qui a pris d’assaut le Grand Méliès. Les milieux hip hop sont, de façon générale, dominés par les hommes. Ces derniers, pour s'imposer, s'affrontent dans des clashs dont la violence force la marginalisation des filles. A travers « Waga woman on the floor », des lycéennes de Ouagadougou viennent signaler leur présence. Elles se disent prêtes à se battre pour leur espace dans un univers étiqueté, à tort ou à raison, matcho.

Piloté par le collectif Konkret 53, la compétition a suscité un bel engouement auprès des lycéens venus nombreux soutenir chacun son établissement. Les collèges de Lasalle, Saint-Exupéry, Marguerite Yourcenar, Lavigerie et le noble Zinda étaient en lice pour décrocher le premier prix. Face à un jury composé de chorégraphes, de danseurs et de rappeurs les filles ont donné tout ce qu'elles avaient dans les tripes. Aux termes hostilités, c'est le lycée Philippe Zinda Kaboré qui a empoché le premier prix composé d'une enveloppe de 150.000FCFA, d'une chorégraphie pour le prochain clip du rappeur El Primo et d'un abonnement d'une année à la bibliothèque du Centre Culturel Français. Le second prix, 80.000FCFA, est revenu au lycée Saint-Exupéry. Mais aux dires des organisateurs aucun groupe n'a démérité. Rendez-vous a été prix en 2010 pour une autre édition.

mardi 5 mai 2009

Tcheka ferme Jazz à Ouaga 2009

Par David Sanon

Jazz Performance 2009 : Les lauréats sont connus

Le samedi 2 mai l’édition de Jazz Performance 2009 a connu son dénouement. Le Jury composé de 3 musiciens de haut niveau que sont Anita Freeman, Désiré Traoré et Oger Kaboré a désigné les trois groupes les plus méritants. Les 3 trophées, c’est-à-dire l’or celui l’argent et le bronze ont trouvé preneur.

Le premier, Burkina Star a reçu un chèque de 700 000 FCFA. Eudoxie qui vient juste de mettre son premier album sur le marché s’en tire avec 400 000 FCFA pour sa deuxième place. Le groupe Kotomè de Bobo-Dioulasso ferme la marche du trio en empochant la somme de 200 000 FCFA.

Après la première édition très appréciée en 2008, l’association Jazz à Ouaga a remis la compétition cette année. Contrairement à la première édition où des groupes créer par des requins locaux avaient étouffé les jeunes, on peut véritablement dire que le concours entre dans sa véritable mission qui est de promouvoir de nouveaux talents.

Jazz-hop : un coup de maître

Le vendredi 1er mai, au Jardin de la Musique Reemdoogo, le public de Jazz à Ouaga a découvert avec beaucoup de plaisir l’innovation de l’édition 2009, le Jazz-Hop. Le jazz est une musique très ouverte à aux autres courants. Cela a inspiré aux organisateurs ce projet qui a regroupé le hip hop et le jazz pour une fusion inédit. Les résultats de la collaboration entre Smockey, artiste rappeur et le groupe Toumboundé, lauréat du concours Jazz Performance 2008, ont été plus que concluants! Pour un coup d’essai ce fut un véritable coup de maître. Sur les notes de saxo, trompette, flûte, clarinette, calimba, piano et batterie Smockey a posé ses mots incisifs, touchant la cible à tous les coups.

C’est à un concert plein de dénonciations et de revendications, aux allures de meeting qu’a assisté le public du. Cela a permis de rester dans l’ambiance de la fête du travail. Les refrains repris en chœurs, et la disponibilité de certains spectateurs à aller reprendre les refrains dans le micro tendu par Smockey témoignent de l’adhésion du public à ce spectacle de haut niveau. Cette expérience est à saluer et mérite d’être renouvelée afin de permettre aux artistes de montrer les talents insoupçonnés qui sommeillent en eux.


Jazz à Ouaga 2009 : Trio ivoire met le feu

Ce samedi 2 mai l’Allemand Hans Lüdemann au piano et l’Ivoiro-malien Burkinabé Ali Keïta au balafon et sanza ont donné une leçon d’interculturalité lors de la soirée de clôture de Jazz à Ouaga 2009. A travers des titres comme « Turning notes » et « Electric piano » ils font cohabiter le piano et le balafond, donc l’Afrique et l’Europe à travers une harmonie dont eux seuls ont le secret. Dans le morceau intitulé « Schwarz in weiss » Hans joue les notes pentatonique du balafon tandis que Ali joue les notes chromatiques qui manquent à son instrument. Un véritable travail de recherche musicale mené avec passion par deux artistes qui se respectent mutuellement.
La salle connaître une chaleur particulière quand ils feront appel à l’excellent guitariste et batteur burkinabé Wendlaviim Zabsonré. Le miracle comme l’a dit Hans Lüdemann c’est qu’il y’a dix ans, Wendlaviim, encore tout petit, a été son stagiaire lors de son passage à Ouagadougou. Aujourd’hui il a grandit et musicalement c’est du costaud. Malgré le bref temps de répétition, Wendlaviim a montré l’étendu de son talent et de sa maîtrise instrumentale.

Ces musiciens nous montrent que la musique, pour ceux qui la connaissent, ne peut pas être confinée à l’intérieur de quelques frontières que ce soit.


Tcheka ferme Jazz à Ouaga 2009

C’est à Tcheka, artiste musicien capverdien et lauréat du Prix Découverte RFI 2005 qu’est revenu l’honneur de fermer les portes de la 17ème édition de Jazz à Ouaga ce samedi 2 mai 2009. Accompagné d’une basse et d’une batterie, Tcheka, sa guitare acoustique en bandoulière a séduit le nombreux public de la dernière soirée de clôture avec ses belles notes empreintes de nostalgie. Les 3 messieurs ont été très convaincants en faisant étalage d’une maîtrise instrumentale impressionnante. A travers un genre musical assez original, il chante la vie de tous les jours avec une voix pénétrante et captivante.

Formation à l’Institut Goethe

Les 29 et 30 avril 2009 l’Institut Goethe a organisé une session de formation dénommée « La fin de la contenance » au bénéfice des administrateurs du théâtre dans ses locaux à Ouagadougou. La formation assurée par Rolf C. Hemke, dramaturge allemand qui porte aussi les casquettes de journaliste, administrateur du « Théâtre du Rhur » et de programmateur du festival « Theaterlandschaften ». Elle a regroupé des administrateurs de compagnies, des artistes comédiens, des metteurs en scène, des communicateurs et directeurs de festival Burkinabé, Nigérien, Ivoirien et Togolais.

Les deux jours d’échanges ont permis d’aborder les questions juridiques, les contrats, les relations publiques et le marketing international du théâtre. Selon Peter Stepan, Directeur du Bureau de liaison cette formation permettra d’outiller les participants qui très souvent ont, soit du mal à vendre leur création, soit sont floués dans les contrats signés à l’international. Les participants à travers la voix de Issa Sinaré de la compagnie Marbayassa ont dit toute leur satisfaction à la fin de la formation et ont souhaité que de telles initiatives se renouvellent pour le bien être du théâtre burkinabé.


Victor Démé prophète au Faso


Le samedi 4 avril 2009 la salle du Grand Méliès a refusé du monde. Toute cette foule venait à la rencontre de Victor Démé. En effet, la meilleure vente FNAC, artiste très adulé en Europe où il a donné de nombreux spectacles en 2008, restait inconnu des mélomanes burkinabé. Ce monsieur au talent immense très présent dans la presse internationale a pu enfin rencontrer les siens à la faveur de sa tournée dans les CCF.

L’exceptionnel public de cette soirée a d’abord eu droit à 3 titres joués par les frères Diabaté et 3 autres par les frères Diarra, les deux familles dont sont issues les musiciens qui accompagne Démé. C’est ensuite que Victor apparaît sur scène pour jouer 12 titres consacrés en majorité à la femme en tant que mère, sœur et épouse ainsi qu’à l’enfance. Démé à la frêle silhouette est un grand défenseur des personnes vulnérables, lui à qui la vie n’a pas fait de cadeau.

De sa trentenaire de carrière qui d’où il a absorbé tous les courants musicaux, il a sortie cette fusion des genres qui fédère toutes les oreilles connaisseuses de bonne musique.
Ce concert restera longtemps gravé dans les mémoires. Le nombreux public après avoir rappelé deux fois l’artiste sur scène est resté scotché dans la salle à la fin du spectacle. Après avoir partagé autant d’émotion, on comprend qu’il ait de la peine à s’en aller.

Et dire que Victor Saïbou Démé était jusque là inconnu dans son pays !!!


Ouagadougou sous la déferlante Djongo

Le vendredi 27 mars et le vendredi 3 et samedi 4 avril 2009, la ville de Ouaga a vécu au rythme de la « Djongo musique ». Trois concerts live de très belle facture. L’album « Yaaba » de Bil Aka Kora a, une semaine durant surplombé l’actualité culturelle de la capitale.

Bil et le Djongo System ont confirmé sur scène la qualité du travail abattu quatre années durant. Orchestration parfaite, jeu de scène maîtrisé et complicité contagieuse sont les arguments auxquels les mélomanes qui ont suivi les 3 spectacles ont été soumis. Ils ont été convaincus vu l’ambiance chaude imprimée à chaque spectacle.

Ablo Zon à la batterie, Serges Coulibaly à la basse, Elvis et Alampoa aux percus, Ben Hugo par les doigts de qui transparaît le plus la touche de Ray Lema à cet album, Charlotte aux chœurs sont envoûtants. Surtout Sébastien Bélem dit « Petit piment » qui, en l’absence du violon a mis tout le monde d’accord en jouant les notes de fort belle manière avec sa guitare électrique.

Ce groupe est mûr pour la scène internationale. Vivement qu’il y atterrit le plus tôt possible pour partager avec les mélomanes d’ailleurs ce qui se passe de bien au Faso.

lundi 30 mars 2009

Par David SANON

La grande innovation de la vingtième édition du FESPACO, c’est sans nul doute l’entrée en compétition des films documentaires dans la section sélection officielle TV et vidéo. Ce n’est pas trop tôt! Serait-on tenté de dire, mais quand on sait que le documentaire, à la différence de la fiction, se focalise sur un aspect de la réalité, on comprend aisément qu’il soit redouté. Thierry Michel, Président du Bureau de Liaison du Cinéma de l’Espace Francophone et par ailleurs réalisateur du célèbre « Mobutu Roi du Zaïre » ne dira pas le contraire. Lui qui, après toute sorte de péripéties, arrestation, interrogatoires, gardes à vue, expulsions et autres intimidations, connaît mieux que quiconque les difficultés liées a la pratique de ce genre cinématographique. Mais toutes ces tentatives tendant à l’ébranler n’ont eu pour effets que le raffermissement de sa détermination pour le combat. Entré à l’Institut des Arts de Diffusion à Bruxelles dès l’âge de 16 ans, il se retrouve à partir de 1976 à la télé belge pour laquelle il réalise de nombreux reportages avant de se lancer dans le cinéma.

La cinquantaine révolue, ce doux monsieur au sourire contagieux cache en lui en redoutable guerrier. Son engagement auprès des peuples en résistance contre les régimes oppressifs est sans limite. En témoigne la composition de sa riche filmographie. Sur 17 films il n’y a que 2 longs métrages de fiction, Vous l’aurez sans doute compris, Son combat, c’est témoigner des réalités que vivent les peuples en quête de liberté et de dignité.

A l’opposé des dictateurs surarmés, il s’engage à partager les images de ces peuples qui souffrent mais qui résistent, car plein d’espoir. C’est ce qui explique son faible pour le Congo Zaïre auquel il consacre pour la quatrième fois un film documentaire intitulé « CONGO RIVER » que nous découvrirons pendant ce vingtième FESPACO. Selon lui : « Avec leur sens de l’humour, de la dérision et de la fête ils transcendent les difficultés de la vie pour vivre positivement »,

Thierry Michel regrette aujourd’hui que le documentaire en Afrique connaisse un grand retard aussi bien dans la qualité que dans la quantité, cette situation est due en partie au manque de culture cinématographique du documentaire ainsi qu’au fait que le financement vienne toujours du Nord . Mais un espoir d’émergence existe avec l’avènement de l’outil numérique. Cependant, les cinéastes qui choisissent ce genre doivent s’armer de courage car comme il le dit si bien « La volonté politique d’étouffer tout cinéma qui ne fait pas dans la complaisance est réelle. Le documentaire est une école de vérité, d’engagement humaniste et politique, »

mardi 24 mars 2009

Bil Aka Kora offre « Yaaba » aux mélomanes

Le jeudi 19 mars 2009 à 10 heures, l’artiste musicien Bil Aka Kora et son staff managérial ont rencontré la presse dans la salle du Petit Méliès du Centre Culturel Français Georges Méliès de Ouagadougou. Il s’est agit pendant cette rencontre de présenter « Yaaba » son nouvel de album réaliser par le musicien Congolais Ray Lema.

Par David Sanon

« Yaaba », le 4ème album de Bil, a mis du temps pour naître. Mais en l’écoutant on comprend tout de suite pourquoi tout ce temps consacré à sa conception. Le long travail fait sur les voix et la justesse du jeu des instrumentistes est remarquable. La « famille Djongo » a mûri grâce à la complicité qui les lie depuis plus de 12 ans. « Yaaba », avec ses 11 titres, est un hymne à « l’interculturalité ». L’artiste y parle du combat pour la pitance quotidienne, l’argent, le pouvoir, ainsi que de la perte de nos repères sociétaux.
Une alchimie musicale réussie, voilà ce que c’est que « Yaaba ». Bil que l’on sait très méticuleux avoue avoir parfois pris 3 à 4 mois pour parfaire certains morceaux. C’est tout à son honneur, car on le savait attacher à la qualité et il confirme tout le bien que l’on pensait de lui à travers cette œuvre de très belle facture.

L’album chanté en gourounsi, mooré, français et anglais, comporte 4 reprises qui permettent de se rendre compte de l’évolution et donne de la lisibilité à l’ampleur du travail abattu. La fluidité avec laquelle on navigue d’un rythme à l’autre dans le même morceau témoigne de la grande maîtrise instrumentale et surtout de la qualité des orchestrations. Et « Yaaba », le titre éponyme de l’œuvre est une illustration de ce travail d’orchestration. Quand on aime la musique africaine de recherche, qui fusionne plusieurs instruments et genres musicaux comme Sally Niolo et Baba Maal le font si bien, « Yaaba » ne peut être que du pain béni. Bil s’inscrit de façon notoire avec cet album dans le sillage de ceux qui arrivent à faire savourer tout le plaisir qui découle de la rencontre des voix, des musiques et des instruments.

C’est Ray Lema, ce géant de la musique africaine, qui a réalisé l’album. Il a voulu que Bil se révèle dans cet album comme il est vraiment. A l’écoute, les morceaux nous convoquent à vivre les émotions de l’artiste à travers son souffle. Les arrangements nous mettent en présence de la vie en nous laissant entendre ses respirations. Ray n’a ni dénaturé ni étouffé Bil, bien au contraire, il l’a conduit à imprimer sa personnalité sur cet album. Des contributions artistiques du célèbre bassiste Camerounais Etienne M’Bappé et son violoniste Clément Janet, ainsi que Ildévert Médah artiste comédien et acteur Burkinabé son du pur bonus.

Un grand concert live est prévu au CCF Georges Méliès de Ouagadougou ce 27 mars, et du coté du Jardin de la musique Reemdoogo les 3 et 4 avril 2009. Avant d’entamer dès fin mai une série de spectacles en France notamment à Chambéry, Lyon, Epinay et au Festival Africa Fête à Marseille en Juin.

Africalia prend à coeur la problématique de la circulation des œuvres cinématographiques en afrique

Le jeudi 5 mars 2008, en marge du FESPACO, l’asbl belge Africalia-Belguim a tenu une conférence de presse au Centre de Conférence Ousmane Sembene de Azalai Hotel Indépendance. Au cours de cette conférence elle a procédé au lancement de son projet « Cinetoile ». C’était en présence du Délégué Général du FESPACO, de ses partenaires et une foule d’hommes de média et de cinéma.

Ce jeudi 5 mars a eu lieu le lancement du projet « Cinetoile » au Centre de Conférence Ousmane Sembene de Azalai Hotel Indépendance. C’est Michel Ouédraogo, Délégué général du FESPACO qui à pris la parole en premier pour mettre l’accent sur la qualité des rapports qui lient Africalia à sa structure. Il a aussi fait cas du soutient considérable que l’association belge apporte au cinéma africain à travers l’Institut Supérieur de l’Image et du Son (ISIS) basée à Ouagadougou. Cet institut forme des étudiants aux métiers du cinéma. Il s’est donc réjouit de cette nouvelle initiative qui viendra régler un temps soit peu la question de circulation des films africains en Afrique.

Ce fut ensuite le tour de Mirko Popovitch, Directeur général d’Africalia de prendre la parole pour expliciter la démarche de sa structure qui consiste à soutenir les organismes culturels structurés. Africalia les aide ainsi à se constituer en réseau et plateforme pour plus d’efficacité. Théo Hoorntje, chef de Coopération de la Délégation de la Commission Européenne au Burkina Faso à quand à lui rappelé l’importance du programme ACP d’appui aux industries culturelles et créatives qui va de 2007 à 2012. Cet engagement est dû selon lui à la foi qu’a son institution de la place de la culture dans le développement des peuples. Il a ainsi justifier le soutient de l’Union Européenne au projet « Cinetoile » pour permettre aux structures qui se battent dans le sens de rendre accessible le cinéma africain aux Africains d’être dans de meilleures dispositions de travail.

La conférence de presse, il faut le rappeler, se tenait pour le lancement du projet « Cinétoile ». Aurélien Bodinaux, coordinateur du projet s’est attelé à expliquer les objectifs de ce projet qui s’étend jusqu’en 2011. Ce projet a été conçu avec 8 partenaires issus des différentes zones d’Afrique (Afrique du Sud, Burkina Faso, Kenya, Mali, Ouganda, RDC, Tanzanie, Zimbabwe). Ces partenaires sont très actifs dans la diffusion du cinéma africain. Il s’agit pour « Cinetoile » de fédérer leurs activités en les organisant en réseau. Les actions communes qu’ils vont entreprendre rendront le cinéma accessible à ceux qui n’y ont pas droit soit à cause de leur situation géographique (bidonvilles et milieux ruraux) soit par manque de moyens (les prix d’entrée dans les salles). Pour Aurélien, chacun des partenaires a des activités différentes mais complémentaires. Il faut donc mener la sensibilisation pour une forte adhésion des populations au projet.

Le premier challenge du projet c’est de sélectionner 5 films par le jury Cinetoile durant le FESPACO 2009. Ces 5 films, dont « Ma Sâ Sâ » (Mah Saah Sah) du Camerounais Daniel Kamwa qui a remporté le prix Cinetoile, seront vus dans les huit pays partenaires du projet.
Ce projet va insuffler un nouvel élan à la circulation des œuvres produites par les créateurs africains en Afrique. A cause des difficultés matérielles et des coûts parfois trop élevés des films, les populations africaines ne les voient jamais ou les voient plusieurs années après la sortie. Le projet est tout à l’avantage des cinéphiles, mais aussi des cinéastes dont l’objectif premier est de faire voir leurs créations par le public.

Après les premières rencontres et travaux des 8, 9,10 mars à Ouagadougou, les deuxièmes rencontres Cinetoile auront lieu durant le ZIFF 2009 (Zanzibar International Film Festival) en Tanzanie. L’année 2010 sera elle consacrée aux actions de sensibilisation et de diffusion. Les 300 projections des 5 films sélectionnés dans les 8 pays partenaires serviront à sensibiliser à l’expression et au contenu de films issus de différentes zones d’Afrique et aussi de recueillir les impressions et les observations des publics rencontrés. Cela aidera à la conception des actions et stratégies futures. 2010 sera aussi l’année de la formation ciblée pour les partenaires qui travailleront à l’élargissement du réseau Cinetoile. La dernière rencontre et la clôture des travaux auront lieu lors du FESPACO 2011. Ce sera le lieu de faire le bilan, de rédiger les conclusions et de faire des propositions en vue d’améliorer la diffusion du cinéma africain sur le continent. Cette évaluation devra confirmer ou infirmer la pertinence de la continuation des activités Cinetoile.

Jérusalem, un film africain qui sort des sentiers battus

Résumé du film
Scénario : Ralph Ziman ; Images : Nic Hofmeyr ; Son : Peter Brown ; Montage : David Helfand ; Musique : Alan Lazar ; Interprètes : Rapulana Seiphmo, Jeffery Sekele, Ronnie Nykale, Malusi Skenjana

L’histoire : « Lucky Kunene, issu d’une famille pauvre, ne rêve que d’une BMW dernier cri et d’une habitation avec une vue sur la mer. Quand il reçoit une lettre lui annonçant qu’il est admis à l’université mais qu’il doit payer ses études, sa vie marque un tournant. Pour lui comme pour de nombreux jeunes de sa génération, affronter la police est un insigne honneur et aller en prison est devenu une routine. Sur la route des petits travaux qu’il mène pour survivre, il rencontre Nazareth Mbolelo, un ancien soldat de l’ANC formé en Russie, qui a gardé intact sa rage contre l’ancien régime. Ensemble avec son ami Zakes ils plongent dans une série d’actes criminels dont ils auront du mal à se tirer malgré de nombreuses tentatives ».

Critique

Attention... Ce film pourrait faire peur. D’abord à cause de sa longueur (118mn), ensuite si quelqu’un qui a eu peur en le suivant vous le raconte. S’il ne traite pas de ruralité, de vie en campagne comme la majorité des films africains, il ne traite pas non plus d’un sujet glamour, du strass et des paillettes. Il est d’une actualité brûlante et d’une gravité inquiétante : la vie dans l’Afrique du Sud post-apartheid. Mais surtout pas de panique car ce film comme dit plus haut sort du sillage de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler cinéma africain. Il s’agit d’un regard porté sur une société que personne n’aurait imaginé au lendemain de la chute du régime inhumain sud-africain. L’espoir attendu n’est pas venu, en tout cas pas pour tous. L’Afrique du Sud est en proie à certains maux tels le sexe, la violence, le crime organisé, la violence, en plus du racisme qui n’a toujours pas été éradiqué. On vit, en suivant Jérusalem, avec les Sud Africains. On partage leurs pensées, leurs sentiments, leurs doutes. On comprend les tenants et les aboutissants. On sent la montée de haine et la violence qui créeront des dommages graves pour la société. C’est très passionnant et les 2 heures passent sans que l’on ne s’en rende compte.

Le seul reproche que l’on pourrait formuler à ce film, c’est en quelque sorte le manque d’objectivité. Quand dans le conflit qui oppose deux gangs, l’acteur principal Lucky Kunene accuse l’autre gang en suggérant que « ce sont les Nigérians et les Ghanéens qui vendent la drogue et les armes dans le pays », on se demande s’il faut avoir une nouvelle lecture de l’Afrique du Sud post-apartheid ou une nouvelle accumulation de clichés sur les origines de la violence. De tels propos pourraient conforter le stéréotype de la délinquance importée et dédouaner en même temps les autorités du pays de leur manque de vision pour leur peuple. Il ne s’agit pas d’accuser l’auteur car quoi qu’on dise il a son regard et sa lecture propre de sa société. De toute façon, l’œuvre, une chronique post-apartheid garde la qualité artistique intrinsèque d’un document témoin de son temps. Souffrons donc de voir sa création transpirer de temps à autre de sa personnalité. Tout compte fait Jérusalem est une belle œuvre de fond et de forme. La preuve, au FESPACO 2009, il a été primé pour le meilleur montage, la meilleure image et la meilleure interprétation masculine.

jeudi 19 mars 2009

Soirée slam et cinéma au CITO

Après "carte blanche à l'afrikslam" le 17 janvier au CCF, c'est le CITO (Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou) qui a accueilli, ce 8 mars 2008, Jaffar, Busta et S-prix pour une nouvelle scène slam. Journée internationale de la femme oblige, Eléonore Yaméogo était à l'honneur avec son film « La main tendue ».
Par Hamidou Valian

Dès 20 heures L'Afrikslam, à travers une mise en scène bien originale, a déjà installé son quartier général. La scène du CITO a été recouverte de sable et l'espace meublé avec des bancs et des pneus taggés. Une théière trône sur un fourneau, un canari et des calebasses jonchent le sol. En somme, c'est un décor dans lequel se mêlent le grin de thé et le cabaret du coin de la rue. Tout se passe comme une journée au quartier, à siroter du thé et à parler de l'Afrique. On retrouve aussi l'ambiance du tchapalodrôme (cabaret) où l'on vient lever le coude en évoquant les péripéties du quotidien. Du début à la fin, le spectacle est resté fidèle à la tradition des scènes slam, où les frontières entre la scène et les tables sont instables. Un verre de thé ou une calebasse de bière de mil passe d'une main de slammeur à une main de spectateur et vice versa. Cette interactivité est une belle illustration de l'objectif d'intégration que vise le groupe. Le public était tout ouï pour écouter « l'histoire africaine » contée par Obscur Jaffar et le récit de Busta Gaeenga, ce jeune ouagalais, « sponsorisé par la galère » et qui reste toutefois très « ambitieux avec sa queue ». S-prix quant à lui, s'est plié au contexte du jour, le 08 mars, à travers un texte dédié à la gent féminine. Le slam c'est dit-on l'économie des moyens. Mais l'on ne saurait omettre les musiciens (accordéon, calebasse, ngoni) qui ont apporté une touche particulière à la performance, à cette soirée poétique où les métaphores et les rimes étaient les maillons d'une même chaîne, où les slammeurs et les musiciens étaient les ornements d'une même scène.

A noter que l'album de L'Afrikslam est annoncé pour très bientôt.
Pour la seconde partie de la soirée, le septième art était à l'honneur avec le film documentaire « La main tendue » de Eléonore Yaméogo. A travers la ville de Liège (Belgique), la réalisatrice montre une autre facette de l'Europe. Une facette qui rompt avec l'image du blanc riche. Un message fort adressé à toutes celles pour qui le mari blanc est synonyme de mari riche.

Ouagadougou, les artistes soutiennent la lutte contre le VIH/SIDA

L'Association des Artistes et Artisans contre le VIH/SIDA et les Stupéfiants
(AARCOSIS) a organisé, le vendredi 27 février 2009 au Jardin de la musique Reemdoogo, un concert de soutien aux personnes vivant avec le VIH. Placée sous le haut parrainage du pasteur Moïse Napon, secrétaire général du CREDO, la soirée a connu la participation de nombreux artistes.


C'est sous la houlette de Pyanne Djiré, artiste vivant avec le VIH, que l'AARCOSIS a initié cette première édition de « Les rubans de la victoire ». En dénommant ainsi la soirée, les organisateurs se fixaient pour objectif de « briser la stigmatisation et la discrimination des PVVIH ». Le public n'est pas resté insensible et s'est mobilisé au Reemdoogo, pour témoigner de son soutien aux personnes infectées. Une belle brochette d'artistes ont également répondu à cet appel pour, comme l'a dit Pyanne, joindre l'utile à l'agréable. « Une personne qui reste insensible à cela n'est pas une être humain », dixit Awa Sissao. Pour la touche traditionnelle Nana Bibata était de la partie avec sa troupe au grand complet (danseuses et musiciens). L'on comptait aussi parmi les artistes des noms bien connus du public tels que Safoura Delta et sa soeur Idak Bassavé, Adji, Asta Maïla, Coulouz et Iron Bender.
En somme le message de Pyanne était qu'une PVVIH peut être un acteur de développement et par conséquent ne doit pas être vu comme une personne mourante. Malgré la réticence de certains partenaires, Pyanne a tenu à remercier les quelques uns qui ont accepté d’accompagner la manifestation. La prochaine édition de « Les rubans de la victoire » est prévue pour 2010.

lundi 2 mars 2009

Dessin et peinture à l’honneur à Napam Béogo

Le jeudi 26 février 2009 a eu lieu au Centre Culturel Napam Béogo le vernissage d’une exposition de peinture et de dessin. Jusqu’au 12 mars, les amteurs d’art plastique pourront échanger avec Will De Paul et Deris les deux exposant à côté de leurs belles créations.

Nous sommes à 5 minutes de 19 heures et le crépuscule couvre la ville de Ouaga particulièrement chaude ce jeudi. Devant l’espace Culturel Napam Béogo, 4 véhicules et une dizaine de motos. Dès qu’on franchit le seuil, on est accueilli par le portrait du « doyen des ancien » Sembene Ousmane avec son éternelle pipe à la bouche. A droite,le directeur des lieux Lassané Ouédraogo « Lasso », le front en sueur souhaite la bienvenue aux invités avec un large sourire. Au fond de la cour, un buffet. Mais pour l’atteindre, il faut passer dans une allée formée par des portraits de grands noms du cinéma africain. Parmi les 10 portraits à droite, Gaston Kaboré, Ildévert Médah Amadou Bourou et j’en passe accueillent tous les passants avec un sourire apaisant. A gauche sur le mûr de la salle de répétition et de création, Idrissa Ouédraogo et Souleymane Cissé regardent dans la même direction avec un calme olympien. Entre les deux, une toile blanche immaculée.

Un jeune homme avance, se saisi d’un bâton de craie verte et commence à tracer des lignes sur la toile. Des formes apparaissent, un visage se fait sentir. Il arrête, va vers le buffet, prend un verre et discute avec des invités. A côté du buffet, un espace aménagé avec un rétro projecteur et un écran un film sur Wilfried de Paule est projeté. Il parle de son parcours de peintre mais on entend aussi le slameur qu’il est, rependre ses poèmes qui enchantent. Les invités continuent à venir et à 20 heures, Napam Béogo est plein comme un œuf. Le public composé d’européens et d’africains arborant des dreadlocks ou pas scrute avec admiration les œuvres. Deris, le jeune à la craie, puisque c’est de lui il s’agit, revient vers ce qu’il avait commencé. Il prend cette fois ci sa boite de peinture aérosol et le voilà parti pour une réalisation en live.

Très décontracté, il donne, par la magie de son art, un visage à son personnage. Elisabeth Grungger venue de Genève s’avance et lui demande : « C’est Dany Kouyaté que tu dessines là ?» Deris répond oui. Il marque une pause pour expliquer à Elisabeth que depuis le jeudi dernier il n’a fait que travailler sur des portraits d’hommes de cinéma africain. Elle est impressionnée par la justesse de ses portraits avec la technique qu’il utilise. Olivia Chouquet, chargée de communication du centre demande l’attention des invités pour expliquer un peu leur démarche à travers un speech avec « Lasso ». Ils ont voulu faire un lien entre le talent de ces jeunes artistes avec le cinéma, parce que les expressions artistiques sont complémentaires. Pendant que les gens écoutent, Deris continue son travail.

Dans la salle d’exposition et de répétition, sur les quatre mûr, douze tableaux sont accrochés. Ce sont les créations de Will de Paul. Son style est assez particulier. De l’art abstrait mais qui insinue des choses. Des rumeurs de visages vite étouffées par des chiffes et des figures géométriques. Comme dans ses textes de slam Will interroge le monde. Il propose aussi sa vision des choses mais laisse la liberté à tout un chacun de réfléchir et surtout de se prononcer.

Cette belle exposition dure jusqu’au 12 mars avec un espoir de le voir se déplacer sur un des site du Fespaco. Ce clin d’œil de Napam Béogo et ces jeunes artistes à la fête du cinéma Africain mérite qu’on s’y arrête un instant pour apprécier la beauté qu’une expression artistique peut inspirer à un créateur.

lundi 16 février 2009

Baloukou, un hip hop plein de sens

LE GROUPE BALOUKOU En 2001, le groupe BALOUKOU, en raflant la mise aux Hip Hop All Star et Craven «A » Flow, les deux compétitions les plus prestigieuses de l’époque se révèle aux mélomanes Burkinabé. Depuis, ces accros du micro, avec toujours de l’énergie à revendre tracent leur sillon. Ils ont foulé de nombreuses scènes et on retient qu’ils ont partagé la scène avec le célèbre Positive Black Soul du non moins célèbre Didier Awadi en mars 2003. "Un jour on vit", leur premier opus tombent dans les bacs à disuqes en 2004. Ils ont également fait la première partie des Negsmarrrons en décembre 2005 à Ouagadougou. Baloukou a aussi participé à des festivals tels les Nuits Atypiques de Koudougou (NAK 2006) et la Semaine Nationale de la Culture (SNC) 2008 à Bobo-Dioulasso. Le nom du groupe, BALOUKOU est le verlan de KOULOUBA, un quartier populaire de Ouagadougou. Ces véritables porte-drapeaux des cultures urbaines y ont tous grandi. C'est au nombre de 6 qu’ils débutent leur idylle avec la musique en 1999, quand le hip hop était toujours sujet à plein de préjugés. Mais avec le soutien de tout le quartier et du chef coutumier sa Majesté le Naaba de Koulouba ils ont tenu le coup. N’ayant pas bénéficié d’un accueil favorable du monde du showbiz, ils prennent le temps de mûrir leurs textes et compositions. Aujourd’hui, La chimère Koun Faya Koun, Ken et La veuve noire AKA BLACK MUSLIM ont mûri musicalement. Baloukou s’inscrit désormais dans une nouvelle tendance musicale basée sur le hip hop. Le groupe opère un retour aux sources pour s’inspirer des sonorités du terroir. Ces jeunes gens après le parcours qui est le leur, ont décidé de créer cette fusion musicale qui donne la place aussi bien aux sonorités urbaines qui les ont bercés qu’aux rythmes traditionnels qu’ils tiennent de leur culture Moaga. Leur nouvel album de huit (08) titres, intitulé « Où va le monde » est sur le marché du disque depuis le 12 avril 2008. Les téléspectateurs ont dû déjà voir les trois clips vidéo qui accompagnent l’oeuvre.

Soirée Slam-poésie au CITO

Par Hamidou Valian
Ce dimanche 08 février 2009, la structure KM-Slam a organisé une soirée slam et accoustique au Carrefour International du Théâtre de Ouagadougou (CITO). Il y avait à l’affiche Sadok et les Négroïdes.

Au Faso la Slam continue son petit bonhomme de chemin. Après les atéliers de formation de Waga hip hop et les quelques soirées organisées ça et là, cette discipline du hip hop a trouvé un écho favorable auprès de la jeunesse burkinabè. Ces jeunes commencent à affectionner ces joutes oratoires qui leur rappelent qu’ils sont issues d’une société parole. La structure KM-Slam qui a opté pour la promotion de cette discipline sous nos cieux, n'entend pas rester en marge de cette effervescence poétique.

Ce dimanche, Sadok et le groupe Négroïdes présentés par Basic Soul, pionier du mouvement rap au Faso, ont communié avec leur public.La soirée s’est déroulée en deux étapes. La première partie était entièrement dédiée au slam. Hormi les slammeurs à l'affiche, quelques talents se sont distingués dans le public. Public certes modeste mais qui a réussi a crée un cadre très convivial. C'était l'une de ces soirées où tout le monde est à la fois spectateur et acteur, illustrant le caractère ouvert et accessible des scènes slam. Les prestations étaient en accapela et l'on a vu se succeder au parloir des slammeurs tels que IB Le Che, Mr Soirée, Dou S Lee...

L'animation de la séconde partie de la soirée était à la charge du groupe Négroïdes. A noter que ce groupe figure sur le volume 2 de La part des ténèbres. Les voix des deux leads du groupe étaient portées par des sons de guitare, de tam-tam et de calebasse. C'était un beau voyage musical à travers des rythmes reggae, rap et aussi traditionnel où le Warba était à l'honneur.

KM-Slam qui n'est pas à son premier coup ne compte pas s'arreter là. La structure de Honoré Tiendrébéogo promet d'autres soirées de ce genre pour les jours à venir.

Quartett : Quand le théâtre africain se réapproprie une œuvre européenne

Par Hamidou Valian
Crédit photo Vivien Nomwindé Sawadogo

Les vendredi 6 et samedi 7 février 2009, le CCF/Georges Méliès de Ouagadougou a présenté la version africaine de Quartett de Heiner Müller dans une mise en scène de Fargass Assandé. Après trois mois de résidence de création, Odile Sankara, Fargass Assandé, Mbilé Yaya et Ibrahim Abba, ont partagé le fruit de leur travail avec leur public.


Il est 20h30 lorsqu'une lumière légère, jaune ocre pleut sur le plateau du Grand Méliès. Côté jardin et à l’avant scène, un espace de forme circulaire tapissé par des peaux d'animaux, accueille deux fauteuils d'un design assez particulier. Une table sur laquelle trônent deux coupes et une bouteille de vin rouge sépare les fauteuils. Signes de l'aisance sociale des occupants de cet espace. Côté cour, le décor est sommaire. Seul un tronc d'arbre que le jeu de lumière place derrière des barreaux, sert de meuble.

La Marquise de Merteuil et Le Vicomte de Valmont sont les personnages principaux. Leurs rôles sont respectivement interprétés par Odile Sankara et Fargass Assandé. Ces deux personnages sont à la fois complices et ennemis, leur jeu cache très mal l'amour, la jalousie et l'orgeuil qui les animent. Les plaisirs charnels sont leur passe-temps favoris et pour eux, l’utilité du corps humain ne se limite qu’à cela. Odile Sankara sur scène ne portait que du rouge, signe de passions forte, mais aussi de la permanence d’un danger ou d’une manigance avec son complice de Vicomte. Dans leur quête perpétuelle de nouvelles escapades, l'épouse de Monsieur de Tourvel et la jeune vierge Cécile de Volanges seront des proies. Ces dernières ne résisteront pas au jeu de séduction du Vicomte de Valmont.

Le jeu des acteurs est certes impeccable mais le message reste difficile à cerner. Les spectateurs retiendront sans doute le caractère très érotique de la pièce. Les acteurs miment en effet l'acte sexuel sur scène. Fellation, éjaculation, sodomie... La grande partie du texte appartient au champ lexical du sexe. C'est une sorte d'apologie du libertinage qu'illustrent bien les propos de Valmont « la fidélité est le plus sauvage des dérèglements ». Dans le duel qui oppose Merteuil et Valmont le sexe, le corps de façon générale est constamment tourné en dérision. En témoigne cette phrase de la Marquise: « Qu'avez-vous appris à part manoeuvrer votre queue dans des trous en tout point semblable à celui d'où vous êtes issu ». C'est le peu de peu de pudeur qu'il reste à un peuple en voie d'être occidentalisé qui en prend un coup.

Il faut rappeler que Quartett est à l'origine un roman du français Pierre Choderlos de Laclos intitulé « Les liaisons dangereuses ». A travers cette oeuvre épistolaire paru en 1782, l'auteur stigmatisait le comportement libertin de la classe aristocratique d'antan. Aujourd’hui mise en scène par l'ivoirien Fargass Assandé avec des interprètes burkinabè comme Odile Sankara, la pièce participe, selon le Directeur du CCF, de l'abolition des frontières.

Après Ouagadougou et Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, les autres coproducteurs de la pièces que sont le CCF de Bamako, le centre culturel franco-nigérien de Niamey et le Dionysos-la Scène conventionnée de Cahors en France accueilleront le spectacle.

mardi 27 janvier 2009

Sylvain Dando Paré le tutoyeur de la basse

« La musique m’a appelé »

Bassiste, auteur, compositeur, arrangeur et producteur, Sylvain Dando Paré à plus d ‘une corde à son arc. Depuis sa première scène en 1991, il se bat de toutes ses forces malgré les écueils pour rendre à l’instrumentiste la place qu’il mérite. Cet adepte de la musique vivante est un véritable rassembleur.

Sylvain a beaucoup sillonné le Burkina Faso pour raison de service de son papa douanier. Cela enrichit ses compositions aujourd’hui. Il extériorise tous ces sons enfouis en lui depuis sa prime enfance. Il a découvert la musique grâce à son père qui jouait à la guitare. L’ami et collègue de son papa, Seydou Diallo, lui faisait écouter Georges Ouédraogo, Steel Pulse et bien d’autres. C’est ainsi que le virus de la musique le prend. Sylvain est arrivé à basse parce qu’il cassait régulièrement les deux premières cordes de la guitare. Aujourd’hui, il fait parti des meilleurs bassistes de la sous région. Qui ne se rappelle pas de ses notes et arrangement sur le titre « Bétaro » de Djata Ilebou ?

Tout n’a pourtant pas été facile pour ce monsieur au sourire contagieux. Troisième fils d’une famille qui en compte sept, Sylvain a quitté les siens et l’école à l’age de 16 ans à la suite du dégagement de son père sous la Révolution. Il avait peur de voir un jour l’équilibre d’une famille qu’il avait connu harmonieuse s’ébranler. Refusant de devenir délinquant, il part à la rencontre avec lui même. « C’est ainsi que la musique m’appelé » dit-il.

Sylvain a été à la base de la création de nombreux groupes musicaux. Mais il est chagriné de voir ces groupes se décomposer chaque fois qu’un membre part avec une femme blanche, croyant avoir trouver la solution. Il est peiné de voir tous ces instrumentistes de talents incapables de construire ensemble : « Nous avons créer trop de groupes qui, sans ambitions ne sont pas arrivés à aller au bout de leurs rêves ».

En plus de tous les grands noms de la musique burkinabé qu’il a accompagnés, il a aussi joué avec Irénée Granier (Italie) et l’immense percussionniste Indien Achiva Mani. Ceux qui ont fréquenté le village du festival cette année, ont dû voir ce monsieur tutoyer la guitare basse tous les soirs avec dextérité.

La plus belle chose qui lui soit arrivée depuis le début de sa carrière en 1991, c’est sa rencontre avec Etienne M’Bappé cet icône camerounaise de la basse. Sylvain veut jouer un jour comme Etienne qui lui a d’ailleurs donné sa guitare estampillée à son nom. Il est prêt à dire à qui veut l’entendre que « Le Burkina Faso est plein d’instrumentistes de talent. Le Ministère de la culture pourrait décider de lancer la carrière internationale de 5 artistes chaque 2 ans. Cela serait plus profitable à la musique burkinabé que ce qui se passe aujourd’hui ». Selon lui si les gens sont moins pressés et s’il y’a plus de résidences de création, notre musique connaîtra un bel essor. En plus des plats comme le to et le haricot qu’il affectionne, Sylvain aime combiner les instruments traditionnels des terroirs goin, bwa, san et gulmace qu’il connaît bien. Il veut aussi conquérir la planète. Car comme il le dit « un artiste qui ne tourne pas, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ».

Père d’un enfant, Sylvain est un cœur à prendre, car la basse, la nage et les causeries entre amis qu’il aime n’ont pas pris tout son cœur. Avis aux intéressées.
Il a donné un spectacle jeudi 22 mai dernier au Jardin de la musique Reemdoogo, en hommage à son père et Seydou Diallo qui ont semé en lui le germe de la musique. Tout cela en attendant la sortie du premier album qu’il dirige en tant que producteur.

vendredi 23 janvier 2009

Obscur Jaffar : « L’Afrikslam parle au nom de l’Afrique »

Entretien réalisé par Hamidou Valian

Samedi 17 janvier, Afrikslam, la locomotive de la scène slam burkinabé était en concert au Centre Culturel Français/Georges Méliès à Ouagadougou. Le slam est devenu la discipline phare du mouvement hip hop local. Obscur Jaffar, membre du groupe, livre ses impressions d’après spectacle.

Planète Culture : Après avoir assuré la première partie de rappeurs tels que Oxmo Puccino et Disiz La Peste, vous avez aujourd'hui une scène qui vous est entièrement offerte. Comment avez-vous préparé le spectacle?

Obscur Jaffar : On l'a préparé comme on l'a ressenti dans le moment et avec toute la réalité qu'on a vécue. Ce que je peux dire, c'est que nous avons a misé à fond dans le travail comme on l'a toujours fait, et c'était super bien.

Planète Culture : Comment est-ce que vous vous êtes organisés pour les compositions?

Obscur Jaffar : Dans un groupe il faut quelqu'un qui tienne un papier, qui note et règle tout. Donc moi j'avais le papier et je notais les idées, les propositions de texte, les corrections, les suggestions etc. Chacun écrivait son texte et ensemble, on essayait de le modeler. Car nous partons d'une individualité vers une collectivité. Et c'est vrai que L'Afrikslam c'est une collectivité. Mais quand il y'a un texte, c'est un personnage principal qui est mis en avant. Les autres participent pour l'ambiance, les réponses, les affirmations, les conformations etc.

Planète Culture : Comment est-ce que vous avez trouvé la réaction du public, vu que le slam est considéré comme un style nouveau au Faso ?

Obscur Jaffar : Après le concert on a eu des retours. Le public a bien reçu le spectacle. Il a bien compris le spectacle et ça ne peut que faire plaisir et donner de la force pour travailler davantage. C’était au CCF ! Un endroit réputé fréquenté que par des Blancs ! Mais ce soir là, il y’avait bien plus de Noirs que de Blancs.

Planète Culture : On l’a remarqué avec un peu de regrets, Wilfried de Paul qui a commencé avec vous, n’était pas à vos cotés sur scène. Qu’est-ce qui explique cela ?

Obscur Jaffar : Dans L’Afrikslam chacun a une responsabilité et quand tu n’assumes pas la tienne, c’est le banc de touche que tu prends. Ça peut être volontaire ou, je ne vais pas dire une sanction, mais marcher à l’épaule cassée ce n’est pas bon. Willy a décidé de prendre son chemin parce qu’avant L’Afrikslam chacun faisait son truc. L'Afrikslam peut être perçu comme un délire, c'est une expérience et beaucoup plus un esprit. Aujourd'hui L'Afrikslam c'est Busta, S-prix, KPG et Obscur Jaffar mais dans deux mois qui sait? Qui va représenter L’Afrikslam et parler au nom de l’Afrique ? Actuellement nous sommes quatre à le faire mais notre souhait est que demain nos petits reprennent le flambeau.

Planète Culture : Le groupe existe depuis pas mal de temps déjà, mais toujours pas de production discographique. Est-ce que vous prévoyez quelque chose dans ce sens ?

Obscur Jaffar : On fera la discographie pour que les gens aient de la matière chez eux afin de pouvoir l’écouter. Mais ce qui compte le plus pour nous, ce sont les performances et les prestations en live. Cela nous permet de communiquer avec le public en communion. Sinon nous enregistrons depuis l’été dernier et ce sera bientôt prêt.

Planète Culture : Tu peux nous en dire un peu plus ?

Obscur Jaffar : Ce que je peux dire c’est par rapport à la coloration. Il y’aura de l’accordéon, de la flûte, beaucoup de travail vocal ainsi qu’au niveau des textes, de la percussion corporelle etc.

Planète Culture : Certains le définissent le slam comme de la poésie urbaine, d’autres comme un carrefour où on trouve un peu de tout. Que dit Obscur Jaffar ?

Obscur Jaffar : C’est de la poésie tout court ! C’est un art, un travail avec des lettres, des mots. Le slam c’est un carrefour où on rencontre différents genres : rap, théâtre, conte, comédie. D’ailleurs dans L’Afrikslam on des rappeurs, un conteur comique, des chanteurs et chacun apporte ce qu’il a.

Planète Culture : Penses-tu que cette discipline ait un avenir au Burkina Faso ?

Obscur Jaffar : C’est clair ! Moi je fais du slam et il faut que le slam ait un avenir, sinon moi-même je n’en ai pas. Les slameurs de L’Afrikslam qui parlent au nom de l’Afrique non plus, et par conséquent c’est l’Afrique qui n’a pas d’avenir. Nous nous essayons avec notre slam de donner de l’espoir au continent africain et permettre aux gens de percevoir un avenir.

Planète Culture : Vous avez entamé 2009 avec un concert, est-ce qu’on doit s’attendre à d’autres concerts au cours de la nouvelle année ?

Obscur Jaffar : On souhaite que les organisateurs de spectacles nous donnent la main pour qu'on travaille ensemble. Depuis qu'on a décidé de travailler avec les mots, de faire de l'art, on le fait. Mais organiser des spectacles ce n'est pas tout à fait notre travail. Cela dit, nous n’allons pas attendre que quelqu'un nous donne une salle pour organiser un spectacle. On en organisera quand on le voudra en fonction de l'urgence du moment. Car le travail artistique c’est bien mais avant tout, il y'a l'urgence de dire ce qu'on vit.

mercredi 21 janvier 2009

Logement au Burkina : L’Etat va-t-il contrôler les loyers ?

L’Assemblée nationale a adopté le 20 novembre 2008, une loi régissant la promotion immobilière au Burkina. Présentée par le député Oumarou Paré au nom de la Commission du développement économique et de l’environnement, (CODE), cette nouvelle loi qui a été votée à l’unanimité des députés vient combler un vide juridique en matière de promotion immobilière dans notre pays.

En clair, elle vise à susciter une sorte de "boom du logement" au Burkina, en accordant un certain nombre d’avantages fiscaux et fonciers aux agences privées de promotion immobilière, à les inciter à davantage s’investir dans la construction de logements sociaux. Pour le ministre Vincent T. Dabilgou qui a défendu le projet de loi à l’hémicycle, il s’agit d’accroître l’offre de logements, pour faire face à la "pression de la demande". Mais déjà, la nouvelle loi, telle que votée par la représentation nationale, n’est pas vue d’un bon oeil par certaines agences immobilières qui redoutent la création à la pelle "d’agences accidentelles".

Plus de la moitié de la population mondiale vit en ville, depuis le début du XXIe siècle. Et cette urbanisation évolue de façon exponentielle et irréversible, avec son corollaire de difficultés. En toile de fond, l’on a la question du logement. A l’instar de la plupart des pays africains, le Burkina est dans l’ère de cette urbanisation galopante. Et la situation s’annonce plus préoccupante à l’orée des deux prochaines décennies. Car des études prospectives indiquent qu’à l’horizon 2030, plus de 3 millions de Burkinabè vivront dans la seule ville de Ouagadougou, et plus d’un million à Bobo Dioulasso, la seconde ville du pays.

Avec une telle population, la problématique du logement va s’ériger en difficulté majeure pour les citadins, et en casse-tête chinois pour l’Etat à qui échoit le devoir de satisfaire les besoins en logements accessibles à toutes les couches de la population urbaine. Il y a quelques années, le gouvernement burkinabè avait entrepris des lotissements massifs, la réalisation de cités résidentielles, la production de parcelles viabilisées, etc., dans l’optique de répondre aux besoins en logements qui se posent aujourd’hui.

Mais le constat est que ces efforts sont restés en deçà des besoins des populations qui éprouvent toujours des difficultés à se trouver un logement décent. D’où la nécessité de libéraliser le secteur immobilier, voire encourager l’implication des promoteurs privés capables d’appuyer l’Etat dans l’accroissement de l’offre de logements. Jusqu’en novembre 2008, les agences immobilières relevant du secteur privé exerçaient sans un véritable encadrement juridique, ce qui a engendré une confusion dans l’exercice de l’activité. Avec la nouvelle politique de promotion immobilière, il s’est avéré important et prioritaire que le marché immobilier burkinabè soit régi par des lois et des mécanismes de fonctionnement précis.

C’est à cette fin que le gouvernement a, de concert avec l’ensemble des acteurs du secteur, élaboré un projet de loi soumis à l’Assemblée nationale, dont l’esprit et la lettre visent l’éradication des facteurs entravant l’émergence véritable de l’activité de promotion immobilière. En favorisant l’émergence de structures conséquentes agissant dans le secteur de la promotion immobilière, cette nouvelle loi qui a été présentée à l’hémicycle et adoptée le 20 novembre dernier à l’unanimité des députés, vise à offrir aux populations des logements et un cadre de vie décents. En même temps, elle précise les conditions d’exercice des activités de promotion immobilière et définit les conditions de production du logement social.

Avantages fiscaux et fonciers aux agences

En clair, la nouvelle loi accorde un certain nombre d’avantages fiscaux et fonciers aux promoteurs d’agences immobilières. "C’est du social", résume Yombi Ouédraogo, juriste au ministère de l’Habitat et de l’urbanisme, qui indique que le contexte d’avant ne permettait pas aux petits opérateurs économiques d’exercer dans l’immobilier en raison des impôts, des taxes et surtout du coût très élevé des parcelles. L’article 30 de la nouvelle loi sur l’immobilier accorde une minoration du prix du terrain du domaine foncier de l’Etat ou de ses démembrements aux sociétés de promotion immobilière. Les modalités d’octroi de cette minoration, ainsi que l’indique l’article 35, sont régies par un décret pris en Conseil des ministres.

L’on retient toutefois que le taux de la minoration varie en fonction du lieu d’investissement et est dégressif en fonction de l’importance de la ville. Toujours au titre des avantages spécifiques, la loi accorde aux promoteurs immobiliers une exonération fiscale substantielle et un allégement de taxes sur les principaux matériaux de construction dont la liste est précisée par arrêté conjoint des ministres en charge de l’Habitat, des Finances et du Commerce. L’éligibilité des promoteurs immobiliers aux avantages ci-dessus cités (dont les modalités d’attribution sont à déterminer par un décret pris en Conseil des ministres), est subordonnée, entre autres conditionnalités, au respect du pourcentage de logements sociaux à réaliser ; un pourcentage qui est lui aussi déterminé par les ministères en charge de l’Habitat, de l’Action sociale, de l’Administration territoriale et des Finances.

La nouvelle loi prévoit, à son article 37, des sanctions fermes contre les promoteurs immobiliers qui se seraient rendus coupables de détournement des avantages accordés. Il s’agit notamment du retrait d’agrément et de la suspension desdits avantages. Les projets immobiliers approuvés par le gouvernement feront l’objet de mécanismes appropriés de suivi et de contrôle par les structures appropriées tel que le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics (LNBTP). La direction de la promotion de l’Habitat et du logement créée au sein du ministère de l’Habitat est chargée de valider les études techniques de promoteurs immobiliers et de suivre la qualité de la réalisation des constructions sur le terrain. Une loi régissant la promotion immobilière au pays des Hommes intègres est ainsi adoptée. Il était temps, serait-on tenté de dire.

Car dans la sous-région, le Burkina n’est pas pionnier dans le domaine, selon le directeur des études et de la planification (DEP) du ministère de l’Habitat. Léon Paul Toé précise même que notre pays est largement en retard par rapport à ses voisins tels que la Côte d’Ivoire, le Bénin le Sénégal, et surtout le Mali dont l’expérience aurait beaucoup inspiré l’élaboration du projet de loi sur la promotion immobilière au Faso. Au Mali, sont déjà constituées plus d’une soixantaine de sociétés immobilières réunies au sein d’une fédération, à en croire le DEP du ministère de l’Habitat. Mais chez nous, on n’en connaît que quelques-unes, à peine une dizaine, peut-être moins. Il n’y a même pas de chiffres officiels, car celles-ci ont jusque-là évolué dans l’informel, sans le moindre encadrement juridique, et ont de fait presque échappé au contrôle de l’Etat. Parmi elles, il y a l’agence AZIMO (Aliz immobilier SA) qui s’investit depuis des années, dans la production de "logements économiques" de moyen et de haut standing destinés à la vente au comptant ou par voie de contrat de location-vente.

Le directeur des affaires juridiques, du recouvrement et du contentieux de cette société, Karim Ouattara, salue l’adoption de la nouvelle loi, mais y voit une porte ouverte vers la création de "sociétés immobilières accidentelles". "Ce n’est pas parce qu’on n’a rien à faire avec son argent qu’il faut, par le biais de la nouvelle loi, et au regard des droits qu’elle confère, faire de l’immobilier un domaine d’investissement", prévient-il. Pour lui, il aurait plutôt fallu consolider les sociétés existantes qui sont déjà pétries d’expérience, afin qu’elles puissent apporter leur expertise qui n’est pas négligeable. "Avec l’ouverture qu’offre la loi sur la promotion immobilière, regrette-t-il, l’on court le risque d’en arriver à l’avènement de la débrouillardise dans l’immobilier, avec à la clef, la production de logements en banco".

Comme solutions à l’augmentation de l’offre du logement, M. Ouattara propose la privatisation des opérations de lotissement. Cela aurait permis, d’après lui, d’éviter les arnaques, et les mouvements de mécontentements que suscitent les opérations de lotissement dans les villes du Burkina. En outre, il faut noter que dans la politique nationale de l’habitat et du développement urbain, adoptée en Conseil des ministres le 7 mai 2008, il est prévu une assistance technique à l’auto-construction et aux acteurs du logement locatif. Cela se fera à travers la mise à disposition de plans types et un appui-conseil dans toutes les étapes d’exécution des projets de logements, notamment locatifs. Il est en outre prévu la mise à jour d’indicateurs sur le logement ainsi que le suivi de l’évolution des prix dans les domaines du logement.

Par Paul-Miki ROAMBA


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La nouvelle loi vue par le ministre Vincent T. Dabilgou

"Nous sommes dans un contexte marqué par une pression de la demande de logement, avec une offre très insuffisante. Or, comme vous le savez, la question de l’habitat est d’une très grande importance, c’est un enjeu majeur de lutte contre la pauvreté et de cohésion sociale. L’adoption de la loi régissant la promotion immobilière dans notre pays va accroître l’offre de logement. Le gouvernement a lancé un programme "10 000 logements sociaux" qui s’intéresse spécifiquement aux ménages les plus faibles, parce que c’est du social. Mais le gouvernement à lui tout seul ne peut pas satisfaire la demande. C’est pourquoi il faut créer les conditions pour que le privé puisse appuyer les actions portées par le gouvernement, dans le cadre un bon partenariat public-privé. C’est pourquoi cette loi vise à inciter véritablement l’ensemble des opérateurs économiques qui veulent s’organiser mais qui faisaient face à un vide juridique, organisationnel et réglementaire. Je suis donc satisfait et persuadé que cette loi va créer des conditions pour l’émergence du secteur privé dans le domaine immobilier, à même de pouvoir appuyer les efforts du gouvernement pour satisfaire l’offre par rapport à une demande de plus en plus exigeante et de plus en plus diversifiée sur l’ensemble du pays".

Le parc de logement du Burkina

De source proche du ministère de l’Habitat, le parc du logement au Burkina est constitué à plus de 90% par l’auto-construction. A ce jour, le nombre de logements produits par l’Etat est estimé à 5 000. A côté de cela, il y a la contribution des promoteurs privés qui est estimée à environ 4000 logements. En matière d’offre actuelle, on peut citer le programme "10 000 logements sociaux" en cours de réalisation ainsi que d’autres projets initiés par certains promoteurs privés.

Où en est-on avec les 10 000 logements sociaux ?

La campagne d’inscription au programme 10 000 logements sociaux qui s’est déroulée de janvier à avril 2008 a permis d’enregistrer exactement 28 189 souscriptions sur l’ensemble du territoire national. Le 12 juillet 2008, 144 logements de la tranche pilote ont été attribués. Avec l’affectation budgétaire annuelle de 2 milliards de F CFA, les travaux de construction de 264 logements sont en cours à Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Fada N’Gourma et Koudougou. Le taux d’exécution des chantiers était estimé à plus de 70% en fin décembre 2008. La tranche 2009 concernera la construction de 3000 logements dans tous les chefs-lieux de région. Les sites pour la réalisation de ces logements sont déjà identifiés et les premiers appels d’offres seront lancés en janvier 2009.

Propos recueillis par Paul-Miki ROAMBA

Le Pays

samedi 17 janvier 2009

Adieu Paris

Une formidable orchestration

A l'entrée de la salle de spectacle, vous êtes accueilli par la voix mélancolique d'un rasta chantant « Jah Rastafari ». Plus loin c'est l'impressionnant Yerbanga Lucien dans le rôle de Yombo qui vous accueille. Enchaîné à deux barres de fer, ses yeux ne clignotent pas, on croirait avoir à faire à une statut. La scène sous forme de barque cache mal la Tour Eiffel au fond de la scène. Le décor est planté. Il s'agit encore d'une histoire France-Afrique, sauf qu'ici il ne s'agit pas là d'être politiquement correct. Il s'agit de faire ses adieux à Paris après avoir subit toutes sortes d'humiliations généralement dues aux préjugés persistants aussi bien chez ceux qui reçoivent que ceux qui sont reçus.
Il faut dire que Abidine a vraiment trouvé, dans la mise en scène formidable de sa comédie musicale, une manière originale de parler de ces questions qui font mal.
L'histoire : jadis tranquille avec ses divinités, l'Afrique sera déchirée par sa rencontre avec l'Europe. Certains de ses fils aveuglés par la cupidité et le gain facile pillent et vendent leurs frères et les richesses culturelles. Ses divinités dont Yombo, improprement appelées « fétiches » deviennent des objets de contemplation dans les musées occidentaux tandis que Dieu des « blancs » s'installe pour longtemps. Petit à petit, le gaulois devient ancêtre des africains. L'Afrique partagée entre aide, soutien et conflits d'intérêts divers, devient le nid de tous les maux de la terre. Sa jeunesse se tourne vers l'eldorado européen qui au fil du temps se révèle être l'enfer. Fatigués, ils vivent un autre déchirement, celui du difficile retour vers la terre mère. Le sacré est spacio-temporel et Yombo parti longtemps avec l'arrivée des blancs doit retourner dans « son milieu naturel » malgré les pénible souvenir de ceux qui l'ont trahi. Cependant, le plus dur pour lui reste la conquête du cœur de toutes ces générations nées après lui. Retour vers la source, mais quelle source ? Les frontières sont de nouvelles réalités qui rendent compliquées la réconciliation entre les enfants et leur « mère Afrique » dont on les a trop tôt sevrés vers une mère qui n'a pas su leur donner la douceur tant miroitée.
Yambo ne rêve que d'une seule résidence. Celle qui pourrait colmater les fissures encore brûlantes appelées frontières et qui sont la cause de bon nombre de malheurs de ses enfants. Cette résidence, c'est le cœur de chacun des fils de la terre mère Afrique.
Cette histoire est rendu digeste grâce à Ouadraogo Aziz ( Francois), Minoungou Noel ( Michael Bigas), Guiguemdé Jean Paul ( Mamadou), et surtout de l'époustouflante Kaboré Safoura ( Miss Eldine) qui va allègrement du rôle de la vieille chinoise à celui de la vieille mossi en passant par celui de l'africaine révoltée et de la fillette harcelée. Il faut dire que ces acteurs ont maîtrisé leur texte et ont su le rendre pour le plaisir des spectateurs qui le leur ont rendu par des applaudissements.
Tout cela au rythme du « ligangari » (tam-tam gulmace) et d'autres tambours. Des percussions qui éveillent beaucoup de souvenirs enfouis dans la mémoire lointaine des enfants d'Afrique.
« Adieu Paris » écrite et mise en scène par Abidine Diaori COULIDIATY est la deuxième (après « Germe de folie », autre merveille) de sa jeune et prometteuse carrière. Au delà de son aspect comique cette pièce interpelle à l'introspection et à la réflexion sur la nature des relations entre l'Afrique et ses partenaires, et aussi et surtout du le rapport des africains à leur continent.

David SANON

La problématique de la critique d'art au Burkina Faso

Ayant participé en tant que formateur à un atelier sur la critique d'art à Ouagadougou en février 2005, Stéphane Eliard en dresse un compte-rendu impliqué.

"S'il est au monde rien de plus fâcheux que d'être quelqu'un dont on parle, c'est assurément d'être quelqu'un dont on ne parle pas".
Oscar Wilde
La situation, le constat et la mis en œuvre du projet.
En mai 2005 le Centre Georges Pompidou accueille Africa Remix, l'une des plus importantes expositions jamais consacrées à l'art contemporain africain en Europe. C'est une aubaine pour tous les amateurs de l'art d'un continent encore trop peu représenté sur la scène internationale, malgré l'évolution considérable de ces quinze dernières années. Cette exposition à été déjà été montrée à Düsseldorf et à Londres et elle part à Tokyo après son passage à Paris. Tout cela est excellent pour les Européens et les Japonais mais il serait souhaitable qu'elle puisse également circuler sur le continent africain. Il semble à l'heure où nous écrivons qu'une escale au Mali ainsi qu'une autre en Afrique du Sud, soient à l'étude. Quels que soient les jugements déjà exprimés ici ou là sur cette exposition, on ne peut que se réjouir de cette volonté de faire profiter le continent africain d'un panorama aussi complet d'un art qui y trouve son origine ou son prétexte. Nombreux sont en effet les pays africains qui souffrent d'un enclavement culturel tel qu'il y est difficile de se faire une représentation juste de ce qu'est l'art contemporain africain, en dehors des productions locales. C'est notamment le cas du Burkina Faso.
Ce pays est le théâtre, depuis une dizaine d'années, de l'émergence d'une production contemporaine dont le dynamisme et la vivacité, ne peuvent être remis en cause. Hormis quelques vieux maîtres, le devant de la scène locale est tenu par de jeunes artistes dont les âges varient entre vingt-cinq et quarante ans et une relève est déjà assurée par des artistes plus jeunes encore. Mais en l'absence de structures d'enseignement artistique, la grande majorité de ces artistes sont des autodidactes ou des personnes issues de l'artisanat. Certains disposent à ce titre d'une solide formation technique, mais celle-ci est très rarement enrichie d'apports théoriques. Par ailleurs, le milieu de l'art burkinabé étant très peu développé et la réflexion sur la création contemporaine quasi inexistante, de nombreux problèmes se posent qui hypothèquent lourdement les chances de développement de ce milieu de l'art et de son marché. Je n'aborderai pas ici les problèmes structurels d'un marché qui peine à s'élargir au-delà du cercle restreint des expatriés et de quelques touristes, préférant me consacrer à ceux que posent l'absence de réflexion théorique et critique. Car si les questions structurelles sont excessivement compliquées à résoudre dans ce pays sahélien ou les urgences et les priorités de toute nature relèguent souvent l'art au domaine du secondaire et du superflu, le champ réflexif et discursif de l'esthétique peut, en revanche, être stimulé plus aisément. C'est en partant de ce constat, et après une consultation des acteurs principaux du milieu de l'art, que les services du ministère de la Culture et du Tourisme burkinabé ont réfléchi à la possibilité de favoriser le développement de la critique d'art. Celle-ci, à mi-chemin entre la théorie et la pratique, entre la réflexion et la discussion, le jugement de valeur et la médiation, fait cruellement défaut au Burkina Faso. C'est l'un des premiers constats qui s'impose à l'observateur étranger.
Cette réflexion a abouti à la mise en place d'une formation à la critique d'art qui s'est déroulée durant les trois premières semaines de février 2005. Cette formation fut organisée par l'Université de Ouagadougou en partenariat avec le ministère de la Culture et du Tourisme burkinabé, la Coopération Française et l'Association française des Volontaires du Progrès. Elle s'adressait à des étudiants pour la plupart inscrits en maîtrise de la filière AGAC, Arts et Gestion des Administrations Culturelles, ainsi qu'à quelques journalistes de la presse écrite burkinabé. Elle comprenait trois volets : j'avais en charge le premier portant sur la définition et l'histoire de la critique d'art, le second, animé par le journaliste français Daniel Fra, portait sur les techniques journalistiques et le troisième consistait en un ensemble de travaux pratiques et de discussions auxquels participèrent le curateur néerlandais Mark Kremer, Chab Touré, professeur d'esthétique à l'Institut Nationale des Arts du Mali et propriétaire de la galerie Chab spécialisée dans la photographie à Bamako, le professeur Abdou Sylla de l'Université C. A. Diop de Dakar et le critique d'art du journal La libre Belgique, Roger-Pierre Turine. J'ai cherché à opérer, dans le premier volet, une contextualisation de la critique d'art au sein de la longue histoire de la pensée critique à travers une approche de quelques grands textes critiques ainsi que des analyses d'œuvres issues de l'histoire de l'art occidentales ou de la production contemporaine africaine. Daniel Fra, proposa une approche des grands principes de l'enquête journalistique ainsi qu'un panorama des principaux formats d'article. Les étudiants furent amenés à interviewer les artistes, à visiter leurs ateliers ainsi que divers lieux d'exposition afin de rédiger des articles dont certains furent publiés par des journaux locaux. Enfin, le troisième volet fut l'occasion d'un dialogue entre les étudiants et des intervenants étrangers. Grâce à ces acteurs de l'art aux parcours variés, véhiculant chacun une vision et des pratiques particulières, il fut possible de présenter aux étudiants à la fois des œuvres, des idées et des situations auxquelles ils n'étaient ni habitués, ni préparés.
Obstacles et résistances
La critique d'art est assez peu développée dans les pays sahéliens et les réactions des étudiants face à cette formation donnent un aperçu assez précis des raisons de ce sous-développement. La première remarque à ce sujet est que, bien qu'ils soient inscrits en maîtrise et donc sensibilisés aux questions culturelles depuis quelques années, ils se sont montrés dans l'ensemble assez peu informés du domaine des arts plastiques. Leurs affinités et leur parcours les orientant plutôt vers d'autres domaines tels que la musique, le cinéma ou le patrimoine. La création contemporaine burkinabé leur est largement inconnue quand bien même ils connaissent personnellement les artistes. Ceci est un assez bon indice de l'intérêt que la société burkinabé en général porte à la peinture, la sculpture ou le design actuels. Les étudiants n'ont pas fait preuve d'un manque d'intérêt dans le cadre de la formation, bien au contraire, mais il est manifeste qu'en amont, ils ne disposaient d'aucune expérience, ni même de sensibilisation à ces pratiques. Certains d'entre eux espéraient justement que la formation allait leur fournir les moyens d'aborder l'art et ses problématiques, ils attendaient une grille de décryptage des codes et des symboles, un système de lecture des formes et des compositions. Il est bien entendu que c'est, à l'inverse, une fréquentation assidue de l'art et un long travail de familiarisation qui mène à la critique. Ceci étant posé, les obstacles réels étaient d'une autre nature.
Le premier est d'ordre économique. Les étudiants ont tous exprimés leur crainte quant à la possibilité de vivre de cette pratique. En effet, les journalistes présents l'ont confirmé, la presse burkinabé n'accorde pas facilement de l'espace dans ses colonnes pour rendre compte des manifestations liées aux arts plastiques. Le lectorat est trop peu nombreux et les journalistes trop peu formés. Au mieux peut-on espérer l'annonce d'une exposition ou la liste des personnalités importantes présentes au vernissage. En terme de marché éditorial, le sujet n'est pas porteur, ce qui décourage les journalistes de s'investir dans ce domaine. Il fallut d'ailleurs bien reconnaître que rares sont les critiques, même en Europe, qui ne vivent que de leur plume. L'autre obstacle est d'ordre culturel et c'est sur ce terrain-là que les étudiants opposèrent la plus forte résistance. Leur vision de la critique d'art est essentiellement négative : le critique d'art est celui qui dit du mal de quelque chose ou de quelqu'un, et s'expose de ce fait aux possibles représailles de ce dernier.
Cette conception est la conséquence d'une méconnaissance de la critique qui fonde nécessairement ses jugements de valeur sur l'analyse de l'objet et l'examen de ses conditions de production. Cette vision négative résulte de l'ignorance du rôle de médiateur du critique. Mais elle découle surtout d'une crainte de l'expression directe, publiée et signée qui plus est, d'une opinion qui pourrait heurter l'artiste ou le public. Il est vrai que nombreux sont les artistes qui préfèrent qu'on ne parle pas d'eux plutôt que d'accepter le risque d'une mauvaise critique. Il faut également avoir à l'esprit que dans les sociétés à très forte solidarité directes, les gens sont liés entre eux par des relations très codifiées et très hiérarchisées. En l'absence de garanties sociales assurées par l'Etat, la structure collective tient par la capacité de chacun à garder sa propre place, l'émancipation individuelle se résumant souvent à la promotion à l'ancienneté. Qu'un jeune critique puisse émettre un jugement globalement négatif sur l'œuvre d'un vieux sculpteur, ou d'un artiste plus jeune mais ayant acquis, grâce à ses expositions, son enrichissement, ses voyages à l'étranger, un certain statut social est inconcevable. La critique en tant que produit de la philosophie des Lumières, fille de la philosophie rationaliste et cousine du projet d'émancipation individuel et collectif qui aboutit à la révolution française, est par essence un acide puissant. Elle agit comme un dissolvant sur les idées reçues, les ordres établis et toute forme de consensus. N'est-ce pas ce qui a fait d'elle un des plus puissants moteurs de la modernité ?
Chab Touré, lors d'une intervention devant les étudiants, rappelait que les cultures sahéliennes sont des cultures d'évitement du conflit reposant sur ce qu'il nommait " la courtoisie de complaisance ". Les cultures sahéliennes sont justement des cultures de recherche du consensus. Jean François Lyotard situait les actes de langage dans une logique agonistique, des actes de combat mais dans le sens du jeu, comme aux échecs. La critique est entièrement à penser comme jeu de langage qui possède ses règles sûrement, mais un jeu dont le but est avant tout agonistique. Comment penser une critique d'art ainsi définie dans le contexte de cultures d'évitement du conflit et de recherche du consensus ?
Bilan et perspectives
S'il est certain que, tant les formateurs que les organisateurs ou les intervenants étrangers, nous n'avons pu trouver de réponses à ces questions dans le délai de trois semaines dont nous disposions, nous pensons néanmoins pouvoir tirer un bilan positif de cette formation. Les étudiants ont été sensibilisés à des idées nouvelles pour eux, notamment concernant la définition de l'art. Mark Kremer a pu les surprendre en leur parlant des nouvelles stratégies et processus créatifs à l'œuvre chez les jeunes artistes européens. Pour beaucoup d'entre eux, ces processus étaient typiquement occidentaux et ne concernaient pas l'Afrique qui doit, pour ne pas perdre son identité culturelle, rester concentrée sur ses valeurs traditionnelles et ses techniques propres telles que la peinture – comme si la peinture sur toile n'était pas une invention européenne d'importation relativement récente en Afrique ! Abdou Sylla leur a permis de mieux comprendre comment l'art peut se définir en Afrique en les aidant à réfléchir à l'articulation entre les pratiques anciennes et traditionnelles et les pratiques contemporaines. Chab Touré a beaucoup et bien parlé de la photographie malienne et a su montrer ses grandes qualités devant un public burkinabé pour qui la photographie n'est pas encore – loin de là – considérée comme un art. Roger-Pierre Turine, a présenté le travail de l'artiste belge Marie-Jo Lafontaine à titre d'exemple représentatif de la création contemporaine dans son pays. En outre, il n'a cessé de renvoyer les étudiants à leur propre culture d'origine afin de les aider à établir un pont entre l'art d'ici et l'art d'ailleurs, d'art d'aujourd'hui et celui d'hier. Reprenant avec eux la désormais classique comparaison entre " L'homme qui marche " de Giacometti et les " marcheurs " du sculpteur sénégalais N'Dary Lô, il a sans doute stimulé leur réflexion sur ce qui nous rapproche à travers l'art. Tandis que de son coté Mark Kremer en parlant de son travail avec les jeunes artistes européens présentait des démarches très différentes de ce que l'on peut voir au Burkina.
Il est impossible d'évaluer la pertinence de ce type de formation à terme. Aucun parmi ces étudiants, peut-être, ne rédigera jamais un article critique sur un artiste ou une exposition. Peut-être se détourneront-ils des arts plastiques pour retourner à leurs intérêts premiers. Mais on peut espérer que pour ces futurs cadres culturels des institutions publiques ou du secteur privé, les idées auxquelles ils furent confrontés durant ces trois semaines pourront leur être utiles par la suite dans l'exercice de leur métier. Au moins devraient-elles faciliter le dialogue entre eux et les artistes à l'avenir. En revanche, il semble impératif de reproduire cette expérience car la pertinence et l'utilité de celle-ci ne dépend que de son inscription dans le long terme, seule garantie contre l'effet " coup d'épée dans l'eau ". Si d'autres étudiants ne sont pas formés à l'avenir, ou si ceux-ci ne peuvent profiter d'une formation approfondie, il est probable que le bénéfice de cette expérience s'évanouisse avec le temps. Le projet de départ, qui se définit comme un effort de structuration du milieu de l'art, ne peut espérer y parvenir que sur la base d'une seule session de formation.
En outre, on peut rêver d'une structure de réflexion plus durable sur les modalités de développement de la critique selon les schémas de langage préexistants localement. La parenté à plaisanterie, qui unit les communautés sur le mode de la taquinerie en permettant d'évacuer par l'humour les tensions anciennes ou récentes, peut être un schéma de parole et de communication à étudier en vue du développement d'une critique locale. Il serait également intéressant de rechercher dans les langues locales les termes et les concepts liés aux jugements portés sur les objets produits dans la situation traditionnelle. Il est bien évident qu'il ne s'agit pas de favoriser l'implantation au Burkina Faso d'un type de discours inadapté et non fonctionnel. Il importe de chercher à favoriser la réflexion, le jugement de valeur argumenté dont la finalité concrète est de contribuer à former les goûts du public, d'élargir celui-ci en jouant un rôle de médiation, de contribuer à mettre les artistes dans une situation de compétition fondée sur la qualité des œuvres au détriment d'une rivalité de personnes se partageant un milieu trop restreint et une clientèle trop limitée. Si les artistes sont ceux qui inventent les représentations que les sociétés se font d'elles-mêmes aujourd'hui et anticipent sur celles de demain, il est capital qu'un critique libre de ses mouvements et de ses jugements puisse porter ces modèles de représentation sur la place publique pour qu'ils alimentent ou suscitent le débat social et culturel. Seule la critique peut sortir l'art du petit ghetto des producteurs et des consommateurs pour l'obliger à faire le détour par la place publique. Elle a son mot à dire quant à ces images et ces représentations, elle a son rôle à jouer dans le processus d'auto-invention permanent de la société. Nous espérons que cette formation avec les étudiants de l'Université de Ouagadougou aura permis de faire avancer ces idées.

Stéphane Eliard
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